lundi 20 février 2017

Éditorial : retrouver la magie de l’écriture

Photo d’une femme rêvant dans son bureau d’une prairie verte.

Cet éditorial sera l’occasion pour moi de me prononcer sur ma vision de l’écriture. Je m’efforcerai également d’apporter un regard personnel sur l’actualité littéraire. N’hésitez pas à me le signaler dans les commentaires, si vous désirez, qu’en plus des articles, ces éditoriaux deviennent un nouveau rendez-vous.

Au vu des points susmentionnés (volonté d’exprimer mes pensées du moment), vous comprendrez pourquoi je privilégie ici un format libre, plus spontané. Aujourd’hui, j’ai retenu comme sujet les conseils d’écriture, prodigués sur Internet ou tout autre canal.

Vous avez dit un air de fausseté ?

En effet, vous vous doutiez que je suis avec intérêt mes pairs : les livres, les sites web, les blogues qui s’intéressent de près ou de loin à l’écriture. Et, ce n’est pas un hasard, si tous les matins, je vois se déverser sur ma boîte mail dix-sept missives, décrivant telle méthode de caractérisation ou la structure narrative à adopter.

Sauf qu’aujourd’hui, il y a quelque chose qui me perturbe.

Sur le moment, j’ai du mal à mettre un mot sur le malaise que je ressens. Ce même malaise qui vous gagne, lorsque vous discutez avec une personne que vous n’appréciez pas et que vous deux agissiez comme si de rien n’était ! Mais, si, dans cette situation, le sourire hypocrite du concerné renforce l’air de fausseté, je me suis demandé quelle en était aujourd’hui la source. Il fallait que j’élucide le crime...

Laissant cette idée germer dans mon esprit, sans en dégager les tenants et aboutissants, je décide alors d’interrompre la lecture de cette pile de mails et d’aller préparer mon café. Ce ne sera qu’un peu plus tard que l’épiphanie jaillira.

Le calme avant la tempête

Pour l’instant, rituel du matin oblige, je m’attelle à l’écriture de ma page du matin. Écoutant le Christmas Album des Beach Boys (même si Noël était passé depuis belle lurette), je donne libre cours à mon imagination.


Presque naturellement, les lignes défilent sur mon écran et une histoire de danseuse se met progressivement en forme. Ce récit prend une tournure inattendue, plus sombre, loin de l’insouciance des débuts. À relire cette page du matin, je la trouve presque insignifiante ; je ne raconte pas grand-chose et ne nourris aucune intention particulièrement. J’ai écrit ce passage avec l’idée de retranscrire l’atmosphère de Noël. Je vous propose d’ailleurs de lire ce passage dont vous excuserez les imperfections (car il n’avait pas vocation à être diffusé) :
« De la buée recouvrait les fenêtres. Des flocons de neige se déposaient sur les carreaux, les faisant grésiller. PtaPkaTlt… Ce crépitement rappelait le bruit que produisait la chute de la pluie sur un terrain vague. Ce n’était pas seulement les ondes sonores qui faisaient vibrer le manoir. Un rayon de lumière, fort, chaud, en réchauffait l’intérieur, révélant ici et là les aspérités : un carrelage fissuré, des tâches sur la vitre, la poussière virevoltant comme une ballerine. Et oui, dans une des pièces de ce manoir, une jeune dansait elle aussi comme une ballerine. Le mouvement était mesuré, mais presque bestial. Elle tournait autour d’elle-même, sur la pointe des pieds, parfois les reposant, avant de reprendre son manège. Essoufflée, exténuée, il lui arrivait d’expirer. Le soleil l’inondait. Rien ne pouvait plus l’arrêter.

La jeune fille était concentrée, elle avait un regard d’aigle. Soudain, elle tomba. Sur sa jambe…

Par terre. Un craquement. Aie ! La jeune fille lâcha un cri de douleur. Ses joues rouge écarlate gagnèrent en couleur. Vite. Elle tenta de se relever, mais elle échoua, écrasant son genou duquel coula du sang. Elle entendit des bruits de pas dans le couloir, jouxtant sa chambre. Voulant appeler au secours, elle ouvrit ses lèvres bleuies sans pourtant pouvoir laisser échapper un cri. Son cœur battait la chamade et elle sentit un vent glacial l’envahir de l’intérieur. Elle s’allongea sur le côté, observant le sang séché sur le sol. Maintenant, le soleil, aveuglant, lui frappait le visage ; paralysée et réchauffée en même temps par ce doigt lumineux, elle pouvait encore entrapercevoir la fenêtre. Un gris, un marron foncé, des ramifications…

Le chêne, majestueux, se dressait devant elle. Elle sourit pour on ne sut quelle raison. Deux heures plus tard, on ouvrit la porte. »
Pour vous tout dire, je n’ai pas pris le soin de me relire ni de penser à ce que je faisais. J’ai même intentionnellement gardé certaines erreurs disséminées ici et là (le crépitement des flocons de neige !). Pourtant, j’ai ressenti un plaisir fou à écrire cette nouvelle.

Le pot aux roses

Photo d’une danseuse dansant dans une comédie musicale pour Noël.

Mon unique but était d’évoquer l’atmosphère de Noël : la neige, les guirlandes, le goût suave des rêves et de la célébration... En d’autres termes, j’ai laissé parler mon cœur et, en décrivant la blessure que subit le protagoniste, j’ai malgré moi établi un contraste (m’éloignant de l’intention initiale). Et si ce n’était pas après tout ça, l’écriture, emprunter des chemins inattendus, peindre des tableaux saisissants, raconter des situations passionnantes ?

Et c’est là que j’ai repensé à la déconvenue du matin. Le malaise ressenti à la lecture des mails... Et si cet air de fausseté n’était dû finalement qu’à une chose ? En un mot : la technique. Ne nous intéressons-nous pas trop à la technique, au point d’oublier que l’écriture se sent, se vit, exprime une subjectivité ?

Faire de la prose ne suppose-t-il pas de se représenter une idée, une personne, un lieu, un goût, un bruit dans son esprit et d’essayer de le décrire avec des mots, des métaphores, des figures de style ? Après tout, la finalité n’est-elle pas de toucher le lecteur, décrire l’imperceptible, dire l’indicible, sortir des sentiers battus ?

À vous de jouer

Photo d’une jeune femme souriant devant son ordinateur.

Je suis loin de suggérer qu’il faut arrêter de parler de techniques d’écriture et d’abandonner cette dénomination. Je pense simplement qu’il ne faut pas réduire l’écriture à une recette, un amas de méthodes.

Oui, il serait bon de rappeler de temps en temps que l’écriture n’est pas une science exacte. Elle fait appel à nos émotions, fait appel à notre subjectivité. La littérature moderne peut être parfois pleine de poncifs (je ne citerais pas certains auteurs de fiction à succès qui ont tendance à se répéter d’un roman à l’autre).

Je profite aussi de cet éditorial pour conseiller (en particulier à ceux qui disent ne pas avoir le temps d’écrire) de consacrer quinze minutes pour rédiger de toute pièce une description, une scène d’action, un dialogue et transmettre une émotion. Je m’engage même à vous donner mon avis, si vous partagiez votre extrait dans les commentaires. Car, au fond, un bon auteur doit pouvoir s’exprimer librement et se lancer dans une quête : la recherche d’une certaine vérité, la sienne.

J’apprécie beaucoup ce passage (découvert sur Wikipédia !) qui révèle la dimension interprétative de l’écriture :
« Cette transmission de pensées par l’abstraction des mots est par essence approximative : le mot ne touche pas l’objet, il reste un signifiant distinct du signifié, et connoté inévitablement. Le lecteur a tout loisir d’interpréter ce qu’il lit. Sachant cela, l’écrivain utilise donc l’écriture par ses évocations, par les sens possibles d’un mot. »
Donc, pour exprimer cette vérité, l’écrivain doit être à la recherche du mot juste. Mais, cela ne peut se faire qu’au prix de multiples relectures pour assurer une cohérence d’ensemble. D’ailleurs, l’auteur de Madame Bovary, Gustave Flaubert disait que « le difficile en littérature, c’est de savoir quoi ne pas dire. » Le Français Jean Guenot distinguait l’écriture du roman en « couches minces » de l’écriture en « couches épaisses ». Selon lui, dans l’écriture en couches épaisses, la correction se fait pendant le premier jet avec un retour immédiat sur un mot ou sur une phrase. Quant au premier cas, le premier jet est écrit le plus rapidement possible : selon les surréalistes, c’est le jet des émotions, sans retenue qui ne se relit, qu’une fois achevé.

Si je préconise la seconde approche comme le fait Stephen King, j’estime que, durant l’écriture, il faut se poser quelques questions. En voici une liste assez exhaustive, proposée par l’Anglais George Orwell, célèbre pour son roman dystopique, 1984 :
  1. Qu’est-ce que j’essaie de dire ?
  2. Quels mots expriment ce que je veux dire ?
  3. Quelle image, quelle figure de style exprimera cette idée plus clairement ?
  4. Cette image est-elle suffisamment originale pour avoir un effet sur le lecteur ?
Vous l’aurez compris, mesdames et messieurs ! À travers cet éditorial, je vous invite, ensemble, à retrouver la magie de l’écriture. D’ailleurs, je compte adapter la ligne éditoriale du blogue en conséquence. Sans omettre pour autant ma devise (la pratique toujours la pratique), la finalité serait plus seulement de prodiguer des conseils aux apprentis écrivains, mais de les aider à révéler leur potentiel, trouver leur Voix, comprendre leur motivation profonde et donc les motiver. Dites-moi ce que vous en pensez.

Enfin, vous souhaitant un bon début de semaine, je vous laisse méditer sur ces citations :
« Un livre doit être la hache qui brise la mer gelée en nous. » Franz Kafka
« Écrire est toujours un art plein de rencontres. La lettre la plus simple suppose un choix entre des milliers de mots, dont la plupart sont étrangers à ce que vous voulez dire. » Alain
« Écrire est un acte d’amour. S’il ne l’est pas, il n’est qu’écriture. » Jean Cocteau
« L’écriture est la peinture de la voix. » Voltaire
Alors, prêt pour de nouvelles aventures oniriques ? ;)

1 commentaire:

  1. Merci pour cet article plus personnel que les autres (du moins, il me semble), c'est toujours intéressant les questions que se posent les collègues (souvent plus que les réponses assénées partout). Moi je signe pour de nouvelles aventures !

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