lundi 17 juin 2013

Analyse du style d’écriture de J. K. Rowling et du succès d’Harry Potter

Joanne Rowling, née le 31 juillet 1965 en Angleterre, est une romancière anglaise, connue sous le pseudonyme J. K. Rowling. Elle doit sa notoriété mondiale à la série Harry Potter, dont les tomes traduits en au moins 67 langues ont été vendus à plus de 450 millions d'exemplaires.
J. K. Rowling, un modèle de persévérance et de détermination !
L’écriture de la série Harry Potter m’a toujours personnellement impressionné. Le style de J. K. Rowling y est tellement inventif et vivant, tout en restant accessible, qu’il passe inaperçu au service de l’histoire.

Cela correspond à ma vision de l’écriture : le style n’est pas fait pour être beau ou pompeux, mais pour appuyer la narration, pour traduire ou du moins suggérer une émotion, une impression, une atmosphère chez le lecteur.

Aujourd’hui, nous analyserons en profondeur le style d’écriture dans les livres Harry Potter, mais avant cela, découvrons les recommandations de l’auteure à l’adresse des débutants.

Le conseil d’écriture de J. K. Rowling

Je cite :

« Le meilleur moyen d’apprendre à propos du style, des personnages et de la construction du scénario est de lire autant que vous le pouvez. Vous allez probablement trouver que vous commencez à imiter vos auteurs favoris, mais c’est un bon processus d’apprentissage, et votre propre style va finir par apparaître.

Planifiez toujours votre travail, écrire sans aucun but permet parfois de sortir une bonne idée ou deux, mais ce n’est pas un bon moyen pour produire une histoire entière.

Écrivez au sujet de ce que vous connaissez : vos propres centres d’intérêt, vos sentiments, vos croyances, vos amis, votre famille et même vos animaux de compagnie peuvent être un bon matériau quand vous commencez à écrire.

Développez votre goût de la solitude si vous le pouvez, car écrire est l’une des professions où vous serez les plus seuls au monde !

Et pour finir, la persévérance est absolument essentielle, il ne suffit pas de produire tous ces mots, il faut aussi survivre au rejet et à la critique. Mais quoi qu’il en soit, le plaisir de voir un livre que vous avez écrit dans une librairie est une récompense qui vaut tous ces efforts ! »

Les recommandations de J. K. Rowling sont intéressantes à plus d’un titre. Elles résument bien le précepte d’un certain Gary Provost : « Copier d’un seul auteur, c’est du plagiat. Copier de plusieurs, c’est de la recherche. »

Selon la dame, il n’y a rien de mal à imiter ses modèles dans un premier temps : il faut maîtriser les règles avant de pouvoir les détourner. Bon nombre d’aspirants-écrivains visent la perfection et l’originalité à tout prix ; avec l’entraînement, vous vous forgerez donc votre propre style et votre propre Voix. Ne vous inquiétez pas !

Analyse du style d’écriture de J. K. Rowling

J’ai choisi deux passages sur lesquels une partie de mon analyse reposera. Tous deux proviennent du septième tome Harry Potter et les Reliques de la Mort. Voici le premier extrait :

Hermione fit jaillir de l’extrémité de sa baguette des serpentins dorés et violets qui vinrent s’enrouler comme une véritable œuvre d’art autour des arbres et des buissons.
— Très beau, dit Ron tandis que, d’un dernier mouvement de sa baguette, Hermione colorait d’or les feuilles du pommier sauvage. Tu as vraiment l’œil pour ces choses-là.
— Merci, Ron ! répondit Hermione, à la fois ravie et un peu perplexe.
Harry se détourna, se souriant à lui-même. Il avait l’étrange impression que, lorsqu’il aurait le temps de le lire, il trouverait un chapitre sur les compliments dans Douze moyens infaillibles de séduire les sorcières. Il croisa le regard de Ginny et lui sourit avant de se rappeler sa promesse à Ron. Il s’empressa alors d’engager la conversation avec Monsieur Delacour.
— Attention devant, attention devant ! lança Mrs Weasley d’une voix chantante.
Elle franchit la porte du jardin, précédée d’un objet semblable à un Vif d’or géant, de la taille d’un ballon de plage, qui flottait devant elle. Un instant plus tard, Harry s’aperçut qu’il s’agissait de son gâteau d’anniversaire que Mrs Weasley préférait transporter par la voie des airs, à l’aide de sa baguette magique, plutôt que de prendre le risque de le porter elle-même sur ce sol inégal. Quand le gâteau eut enfin atterri au milieu de la longue table, Harry s’exclama :
— Ça a l’air absolument magnifique, Mrs Weasley.
— Oh, ce n’est rien, mon chéri, répondit-elle d’un ton affectueux.
Par-dessus l’épaule de sa mère, Ron leva les deux pouces vers Harry en formant sur ses lèvres les mots : « Très bon. »

Et une scène d’action :

Le serpent frappa au moment où Harry brandissait sa baguette qui fut projetée vers le plafond sous la force de la morsure qu’il sentit dans son avant-bras. Sa lumière tournoya à travers la pièce, dans un mouvement à donner le tournis, puis s’éteignit. D’un coup puissant, la queue du reptile l’atteignit alors au ventre, lui coupant le souffle. Il tomba en arrière, en plein sur la coiffeuse, au milieu du tas de vêtements crasseux…

Harry pivota sur le côté, évitant de justesse un nouveau coup de queue qui s’abattit sur la coiffeuse, à l’endroit où il s’était trouvé un instant auparavant. Le verre, à la surface du meuble, vola en une pluie d’éclats qui retombèrent sur Harry alors qu’il roulait sur le sol. À l’étage inférieur, il entendit la voix d’Hermione appeler :

— Harry ?

Il ne parvenait pas à faire entrer suffisamment d’air dans ses poumons pour lui répondre. Une masse lourde et lisse l’écrasa sur le plancher et il la sentit glisser sur lui, puissante, musculeuse…

— Non, haleta-t-il, cloué au sol.

— Si, murmura la voix. Ssssi… t’attraper… t’attraper…

— Accio… Accio baguette…

Mais rien ne se produisit et il avait besoin de ses mains pour essayer de repousser le serpent qui s’enroulait autour de son torse, vidait l’air de ses poumons, enfonçait profondément l’Horcruxe dans sa poitrine, tel un cercle glacé frémissant de vie, à quelques centimètres de son cœur qui battait frénétiquement. Son cerveau fut balayé par une lumière blanche et froide, toutes ses pensées occultées, son propre souffle noyé, des bruits de pas lointains parvenant à ses oreilles, tout s’évanouissant autour de lui…

Nous remarquons tout d’abord que le dialogue chez Rowling constitue l’un de ses points forts. Ses dialogues tout à fait cohérents n’hésitent pas à faire appel à un ton ironique très subtil ; celui-ci, non seulement caractérise son style, mais sert aussi à maintenir l’intérêt du lecteur. Ce qui fait qu’il est difficile de s’ennuyer avec toutes les discussions animées qui nous sont servies.

Cependant, les sentiments de chaque personnage et la représentation que l’écrivaine en donne dans une scène particulière seront compatibles avec l’ambiance, elle-même véhiculée par le cadre de la scène et le ton des dialogues. Par exemple, dans le deuxième extrait, les incises utilisées (haleter, murmurer, appeler) et les points de suspension traduisent un sentiment d’étouffement.

En outre, la narration de l’histoire se veut simple, fluide et directe et suit même une approche cinématographique. Peu d’écrivains décrivent le mouvement dans leur récit. Rowling évoque la distorsion du temps : les scènes au ralenti et les images en accéléré sont très exploitées. Comparez les deux passages pour vous en rendre compte ! L’imagination du lecteur fait le reste.

En résumé, peu de description, mise en alerte permanente de l’attention, suspense de l’énigme central à l’échelle de chaque tome, lecture au second degré possible, humour, tous ces ingrédients font de la lecture d’Harry un plaisir évident pour beaucoup d’adultes. Mais, qu’est-ce qui fait que concrètement le style de la mère d’Harry Potter est aussi plaisant ?

Harry Potter, les ingrédients du succès


Faisons un petit inventaire non exhaustif de mes différentes remarques.
  • Les points-virgules : J. K. Rowling en raffole. Sous-estimé, ce signe de ponctuation bien employé peut mettre en relation, mettre en parallèle plusieurs propositions et peut leur conférer une allure propre, voire élégante.
    Exemple : « Hermione et Mondingus grandirent brusquement ; Ron, Fred et George se ratatinèrent ; leurs cheveux s’assombrirent, ceux d’Hermione et de Fleur se rétractant dans leur crâne. » Ou l’utilisation que je préfère : « Des images sans suite se bousculèrent dans sa tête : Sirius tombant à travers le voile ; Dumbledore suspendu dans les airs, le corps brisé ; un éclair de lumière verte et la voix de sa mère qui demandait grâce, suppliante… »
  • La virgule d’Oxford : il s’agit de la virgule qui précède le dernier terme d’une énumération introduite par une conjonction de coordination dans la majorité des cas « et ».
    Exemple : « fouillant dans sa mémoire, Harry se rappela soudain qu’il s’agissait d’Elphias Doge, membre de l’Ordre du Phénix, et auteur de la nécrologie de Dumbledore. »
    Son utilisation provoque la polémique parmi les éditeurs et les écrivains, c’est plus une question de style et de clarté au choix de l’auteur.
  • Les incises dans les dialogues : Le verbe « dire » remporte la manche même si elle varie de temps en temps (grogner, murmurer, lancer, rectifier, déclarer, protester, s’écrier, susurrer, etc.), sans être pour autant intrusive.
    Non, vous ne lirez à aucun moment « admonesta-t-elle » ! Cependant, elle n’hésite pas à inclure des adverbes comme par exemple : « Hermione dit très vite ».
  • Les adverbes : Comme susmentionné, J. K. Rowling les utilise avec parcimonie ; dans les deux extraits, j’en ai relevé très peu.
  • L’humour : L’humour est suggéré par petites touches ce que je trouve tout à fait subtil.
    « — Je vais les mettre dans ton sac pour toi, dit Hermione d’un ton léger en prenant les cadeaux des bras de Harry tandis qu’ils remontaient tous trois l’escalier. J’ai presque fini les bagages, j’attends simplement que le reste de tes caleçons soient lavés, Ron.

    Les balbutiements de Ron furent interrompus par le bruit d’une porte qui s’ouvrait au premier étage. »
  • L’émotion : Encore une fois, l’émotion est suggérée sans jamais verser dans le mélodrame. Elle est renforcée par le point de vue interne et le discours indirect libre :
    « Les larmes vinrent avant qu’il ait pu songer à les arrêter. Elles coulaient, brûlantes, puis gelaient sur son visage, et d’ailleurs, à quoi bon les essuyer, à quoi bon faire semblant ? Il les laissa ruisseler, les lèvres étroitement serrées, et regarda la neige épaisse qui cachait à ses yeux la tombe où gisaient les dépouilles de Lily et de James, simples ossements à présent, peut-être même poussière, étrangers à la présence si proche de leur fils survivant, dont le cœur continuait de battre grâce à leur sacrifice. En cet instant, cependant, il aurait presque souhaité dormir avec eux sous la neige. »
  • Des ellipses : J. K. Rowling se sert des sommaires qui, en quelques mots, peuvent évoquer un épisode s’écoulant sur une longue période. C’est un procédé efficace. Voyez vous-même !
    Exemple : « À compter de ce moment, Mrs Weasley donna tant de travail à Harry, Ron et Hermione pour aider aux préparatifs du mariage qu’ils n’avaient presque plus le temps de réfléchir. […] Mais, après deux jours entiers passés à astiquer les couverts, harmoniser les couleurs des faveurs, des rubans et des fleurs, dégnomer le jardin et à aider Mrs Weasley à préparer d’immenses plats de petits fours, Harry la soupçonna d’avoir en tête un motif bien différent. »
  • Les gérondifs : En français, le gérondif est une forme verbale caractérisée par une terminaison en -ant et la préposition en antéposée.
    L’auteure britannique semble les apprécier, elle n’hésite pas à certaines reprises à agrémenter ses dialogues de quelques petites descriptions et mettre ses personnages en mouvement ou en action.
    Voici un exemple : « — Un livre ? s’étonna Harry en prenant le paquet rectangulaire. Une petite entorse à la tradition, on dirait ? »
  • La longueur et la structure des phrases : La phrase la plus longue dépasse 50 mots tandis que la plus courte en contient à peine 3.
    Par la même occasion, j’ai constaté que J. K. Rowling privilégie la voix active ce qui implique qu’elle s’intéresse plus aux intervenants qu’aux personnages qui subissent l’action.
  • La tension : Cette dernière repose en grande partie par l’observation et les pensées du personnage principal, Harry.
    Exemple : « Elle ne prêta aucune attention à sa remarque et il ne pouvait lui en vouloir. »
  • Le vocabulaire : Je préfère la clarté à la complexité de la langue au profit de la narration. Force est de constater que les verbes sont plutôt simples : reposer, acheter, emballer, éprouver, regarder, etc.
    En ce qui concerne les scènes d’action, les verbes se montrent plus percutants et semblent capturer l’action pour la retransmettre. Rien que dans le deuxième passage susmentionné, nous avons des verbes très visuels comme brandir, projeter, frapper, tournoyer, pivoter, voler, éviter, rouler, balayer...
  • Les descriptions : Je trouve que les descriptions de J. K. Rowling ne sont ni longues, ni trop courtes ; très visuelles et non intrusives, elles peuvent s’enorgueillir de dresser en quelques lignes le portrait d’un personnage notamment grâce aux métaphores et aux comparaisons. Un modèle du genre !
    Je cite : « Rogue s’était maintenant tourné vers Voldemort, et son visage ressemblait à un masque mortuaire. Il était blanc comme du marbre et ses traits avaient une telle immobilité que lorsqu’il parla à nouveau, ce fut comme un choc de voir que quelqu’un vivait encore derrière ces yeux vides. »

Bon, maintenant, faisons un petit bilan !

À vous de jouer

Je ne vous demanderais pas d’imiter J. K. Rowling ; certes, j’estime que la dame a une très belle plume à la fois simple et malicieuse et qu’il serait intéressant d’en tirer quelques enseignements.

Mais, j’aimerais vous éclairer quelque peu.

Beaucoup de gens négligent la ponctuation. Cependant, la ponctuation est tout aussi essentielle que l’orthographe ou la syntaxe. Vous remarquez bien qu’un emploi pertinent des différents signes de ponctuation peut à la fois rythmer la phrase, suggérer des intonations, traduire les nuances de la pensée, souligner des effets dramatiques et faciliter la lecture.

Par ailleurs, ce que j’aimerais vous rappeler, c’est de toujours inspirer ou montrer une idée au lieu de la dire. Cela ne requiert pas une gymnastique particulière, seulement de bien choisir ses mots, son vocabulaire, sa palette, si je n’ose dire, et de faire appel aux cinq sens, aux impressions des personnages et à tous les canaux possibles. Encore une fois, le principal écueil est de chercher à embellir votre langue ; à mon avis, il vaut mieux s’évertuer à chercher le mot juste à savoir un lexique non intrusif qui s’efface pour mieux laisser couler l’intrigue. Restez sobre, restez simple !

Et surtout, un point qui me semble tout à fait essentiel : l’histoire prime. Si Harry Potter a connu un succès aussi foudroyant, ce n’est pas vraiment pour son style d’écriture (au passage remarquable), mais pour son récit, ses personnages qui ne sont en réalité que la partie émergée de l’iceberg. Et, personnellement, j’ai tendance à penser que vous aurez réussi votre mission d’écrivain, lorsqu’on ne vous parlera plus de votre style, lorsqu’il s’effacera au profit du contenu de votre roman et lorsqu’il remplira sa simple fonction de vecteur, de support (tout comme l’image ou le son au cinéma).

P.-S. Quelques questions. Que pensez du style d’écriture de J. K. Rowling ? Et souhaiteriez-vous lire d’autres articles de ce type ? Si oui, quels auteurs vous semblent intéressants à analyser ?

17 commentaires:

  1. Je pense qu'il serait plus juste de parler de la TRADUCTION des textes de J.K. Rowling. En anglais, la ponctuation est utilisée différemment, vos remarques sur le texte français la concernant ne sont pas valables pour le texte original.

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    1. Bonjour, cher lecteur !

      Je vous remercie, tout d'abord, de vous intéresser à ce blogue et d'avoir pris le temps de nous faire part de vos remarques.

      J'ai vraiment du mal à comprendre où vous voulez en venir. Tous les extraits cités proviennent de la version française du septième tome, Harry Potter et les Reliques de la Mort, du traducteur officiel, Jean-François Ménard qui, à mon humble avis, a fourni un travail remarquable. Vous pouvez vérifiez par vous-même.

      Certes, la ponctuation comportent quelques différences en anglais, mais, elle est utilisée dans le même but à savoir faciliter la compréhension du texte. Si nous pouvons nous interroger sur l'utilité de la virgule d’Oxford dans la langue de Molière, il n'en est pas de même pour les points-virgules qui sont tout à fait présents dans les deux versions.

      Quoiqu'il en soit, je veux bien comprendre vos doutes, mais, qu'en est-il des autres remarques (les descriptions, les dialogues, etc.) qui restent applicables dans tous les cas ?

      J'espère vraiment que vous avez pris plaisir à lire mon analyse que j'ai tenté de rendre la plus pertinente et accessible possible. Après, je vous avoue qu'il y a matière à débattre.

      Restons de bonne foi ! ;)

      Cordialement,

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  2. Bonsoir Paul,
    je partage tout à fait la remarque de votre précédent lecteur... la pertinence de vos remarques sur le style de J.K. Rowling aurait du sens si vous analysiez la version en anglais ou si vous précisiez en préliminaire être totalement bilingue ce qui donnerait du sens à vos remarques.
    Sinon votre postulat de base qui considère que ce travail de traduction est remarquable pourrait n'être que pur sophisme.
    En ce qui concerne, en général, le travail même de traduction, il est amusant de voir Jim Harrison, s'émerveiller de la qualité d'évocation en français des traductions de ses romans par Brice Matthieussent, plus grande que ses propres écrits en américain, convient-il... et de sourire devant la polémique qui toucha l’œuvre d'Ernest Hemingway "Le vieil homme et la mer" dont François Bon voulut proposer une nouvelle traduction en français, croyant l’œuvre tombée dans le domaine public et ce, parce qu'il jugeait "lourdingue" et peu fidèle, pour le moins, la traduction qu'en avait fait Jean Dutourd, en 1951.
    S'ingénier à vouloir analyser le style d'une traduction est vain car de mon point de vue, ce serait comme de vouloir analyser une peinture ou une sculpture en se contentant d'une photographie d'aussi bonne résolution soit-elle car d'évidence cela manquerait... de relief !
    Certains auteurs n'écrivent-ils pas, par exemple, en scandant à haute voix, pour apprécier la rythmique, la phonologie de leurs phrases... et la ponctuation de ce point de vue découle de la volonté de ménager la respiration du récitant et que dire alors de cette même intention pour une traduction ? Comment apprécier la volonté d'utiliser des assonances spécifiques afin d'insuffler un ressenti particulier ?
    Cordialement,

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    1. Bonjour, monsieur Besset,

      Je vous trouve un peu sévère à mon encontre. J'ai lu quelques livres d'Harry Potter à la fois dans la langue de Molière et celle de Shakespeare et je peux vous assurer que la traduction est fidèle. Bien sûr, rien ne vous empêche de vérifier par vous-même.

      Mais, je n'aimerais pas que l'on soupçonne mon postulat de sophisme, j'aimerais donc étayer mon argumentaire. Je comprends votre point de vue, cependant, je n'ai jamais affirmé que mon analyse serait exhaustive. Je vous trouve d'autant plus dur que certains points soulignés (notamment des procédés moins techniques) comme la narration ou les descriptions s'appliquent largement aux deux versions.

      Mon but était vraiment d'être accessible et permettre à certains lecteurs de s'y trouver plus facilement. Sinon, je compte suivre vos recommandations à l'avenir et je vous remercie malgré tout de votre intervention constructive et enrichissante.

      Cordialement,

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  3. Mon intérêt pour l’œuvre géniale de J. K. Rowling est réel : le hasard me la fit découvrir en 1998, en français en collection Folio Junior, à 3 francs six sous quand en parler autour de moi ne provoquait alors qu'indifférence et interrogation... avant que la planète ne se prenne de passion pour ce singulier sorcier et que Gallimard qui n'y avait cru de prime abord qu'à moitié, décide de retirer des étagères des libraires ces bouquins à petit prix pour ne rendre disponibles les titres déjà parus qu'au format "gros pavés hors de prix" face au tsunamis successifs et les ventes records. Pourquoi vendre à 30 francs quand on se l'arrache à 150 francs. Merci pour les gosses et leurs parents !
    Quant à analyser son style... j'observe qu'en terre anglophone, c'est aujourd'hui devenu un vrai fond de commerce.
    Pour ma part, je ne vois dans son succès que le fait qu'elle ait osé assumer d'écrire de façon totalement désinhibée et d'accoucher d'un monde tellement imaginaire, tellement extravagant qu'il en était envoûtant.
    Et je n'ai pas le souvenir de m'être extasié alors sur le style (exprimé par le traducteur), tant j'avais été subjugué par les histoires elles-mêmes.
    Peut-être que le style n'a rien d'exceptionnel pour que bon nombre d'éditeurs anglais aient refusé son premier manuscrit... le parfum du succès est si peu décelable à l'avance et c'est tant mieux ! ... que le monde de l'édition fait appel aux rois du marketing pour essayer d'en fabriquer afin de vendre des romans comme des savonnettes !

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    1. Merci pour votre commentaire.

      Il est vrai que le style de Rowling n'est pas si exceptionnel, mais ce qui fait sa force, c'est sa simplicité et le fait qu'il ne soit jamais vraiment intrusif, il est au service de l'intrigue.

      Sinon, le succès de la série tient plus de l'imagination fertile et ses personnages de la dame que de son talent d'écriture. Je suis d'accord. Mais, je suis désolé, par rapport à ses confrères et ses consœurs, l'auteure s'en sort plus bien. Twilight de Stephenie Meyer est insupportable : long, niais, je n'ai jamais achevé ce roman. D'ailleurs, je cite Stephen King : « Toutes les deux, elles s'adressent directement aux jeunes. Mais la différence, c'est que J.K. Rowling est une auteure incroyable, alors que Stephenie Meyer ne sait pas vraiment écrire. »

      Je vous laisse juger.

      Cordialement,

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  4. Bonjour, merci encore pour cet article ! :D

    Pour avoir lu une partie de l’œuvre en anglais, je pense que le traducteur a bien respecté le style de l’auteure et que son analyse en français peu être justifiée. Ce qui touche à la syntaxe et construction de texte, c’est une autre histoire.

    Je partage l’idée que le style est assez simple et cinématographique, ce qui le rend terriblement accessible aussi bien pour les enfants que pour les adultes ! Et c’est, pour moi, une des clés du succès !
    Je vois son écriture comme une écriture « moderne », les grands auteurs d’antan, aux styles riches mais souvent pleins de longueurs, de démonstration d’écriture, de descriptions sans fin, ne sont lu aujourd’hui que par les « anciens » et les passionnés d’écriture. Les lycéens, il faut se l’avouer préfèrent souvent lire le résumer sur internet le jour avant le bac. J’exagère un peu, oui.
    Aujourd’hui, on veut le vite, le facile, l’action, les sentiments, le sans-chichi, le cinématographique, le grand spectacle. Je pense qu’elle s’inscrit bien dans cette mouvance.

    Personnellement, j’ai adoré l’univers, l’imagination géniale, le style facile à lire et rapide, mais je n’aime que moyennement les personnages principale et la trame de fond. Twilight…je ne comprends même pas le succès de la série. Le pire, c’est que les ados qui ont lu ça, doivent toutes penser que Flaubert c’est chiant. Ahah.

    A bientôt,
    Mirowshka

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    1. Je n'ai rien à ajouter. Je partage entièrement votre avis. Merci aussi de votre fidélité ! J'en tiens compte.

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  5. Excellent article, un vrai travail d'analyse.
    Très utile, merci !
    Pour ce qui est du rejet de la voix passive et de la faible utilisation d'adverbes, J. K. Rowling et S. King semblent en effet jumeaux.

    Vous avez raison, l'économie de mot et l'art de décrire un décors en même temps que d'indiquer l'action qui s'y déroule est phénoménal chez Rowling (et chez King aussi d'ailleurs).
    Voilà un article qui me motive à perfectionner ma narration.

    Les commentaires plus hauts me paraissent exagérés et un peu snobs. Je n'ai pas lu la VO mais la VF a provoqué un tel succès monstrueux en France (17 Millions d'exemplaires vendus en France !) qu'il serait un peu contre-productif, vu l'objectif annoncé de ce blog de faire de la formation et non de l'information, de se baser sur la VO. Car les scores de vente (bien que très notables pour de la VO) sont insignifiants sur le sol français quand on les compare avec ceux de la VF.

    Donc oui le titre de cet article aurait pu être "Analyse de la traduction de JK Rowling". Mais ça aurait été un titre tellement pourri que je n'aurais peut-être pas lu l'article !

    Donc pour ma part, ne changez-rien, j’apprécie de plus en plus de passer sur ce blog, et j'espère lire un jour une de vos création personnelle.

    Merci.
    Joachim.

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  6. Et pour répondre à votre PS, j'aimerais lire d'autres articles de ce type, et ce serait bien que de traiter de plusieurs auteurs à la fois sur une thématique cruciale : Terminer son histoire.
    Par exemple, King conseille de ne pas se préoccuper de la situation finale durant tous le processus d'écriture, d'autres conseillent de commencer par ça. Mais c'est très théorique tout ça.

    Dans la pratique, élaborer un exercice de routine pour dénicher de multiples fins à son roman et choisir ensuite la plus satisfaisante serait super utile.

    Mais peut-être avez vous déjà traité ce sujet ? je vais continuer de parcourir votre blog.
    Bonne soirée.
    Joachim

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    1. Bonjour et merci pour votre proposition ! Je prends note (et non, je n'ai jamais traité le sujet, pour l'instant, je me suis focalisé sur l'écriture en général).

      Sinon, je suis content que cette analyse puisse plaire.

      Bonne visite !

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  7. Salut! Je vous dis bravo, moi qui espère avoir une opinion professionnelle sur mon œuvre. Je trouve vos analyses très pointues et excellentes. Certains de vos lecteurs sont un peu mesquins, mais bon, comme on le dit en anglais "haters gonna hate" Je suivrai votre blogue avec attention.

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    1. Merci pour le compliment, Yohan. J'ai reçu votre message et j'attends que vous m'envoyez votre nouvelle pour que je puisse vous donner mon avis personnel. (Du moment qu'on se justifie et qu'on reste poli, il n'y a aucun crime à défendre un avis opposé.)

      Cordialement,

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  8. Merci infiniment pour cet article qui va sûrement transformer ma façon d'écrire à tout jamais; j'avoue ne jamais avoir lu Harry Potter de peur de tomber sur un récit fantastique assez fade, et je suis réellement surprise de la délicatesse et la subtilité que ces simples extraits dégagent. Je suis parfaitement d'accord avec le fait que le style doit se fondre dans le récit, au profit de la narration. C'est quelque chose de difficile, mais pas impossible. Merci encore pour ces précieux conseils ! :-)

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    1. Merci à vous aussi pour avoir pris le temps de lire et de commenter cet article ; le geste compte beaucoup à mes yeux.

      Et oui, l'une des réussites de la saga Harry Potter, c'est que la complexité et la noirceur de l’intrigue s'affirment au fur et à mesure que les personnages principaux grandissent. Je trouve d'ailleurs amusante l'idée que les histoires pour enfants doivent être gentillettes, quand on sait à quel point les contes de Charles Perrault étaient sombres et horribles avant les remaniements opérés par de personnes comme Grimm ou Walt Disney. Ainsi, chez Perrault, le petit chaperon rouge et sa grand-mère finissent mangés par le loup, pourtant, ce n'est pas la fin la plus populaire.

      En tout cas, n'hésitez à nous tenir au courant de votre progression !

      Cordialement,

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  9. l'analyse que vous faites d'HP me semble pertinente mais ce qui m'a frappé, c'est le parallèle entre l'évolution de l'écriture de rowling et l'évolution de harry potter lui mm au fil de ces 7 romans.
    pour le PS: hé bien il y a tellement de bons auteurs... pour ma part, je trouve très intéressant le cas de carlos ruiz zafon.....

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  10. Il est vrai que le style de Rowling est époustouflant. Moi qui, enfant, n'aimait pas lire, j'ai été emprisonnée dès la première phrase. Pourtant, je n'aime pas Harry. C'est vraiment la complexité si bien expliquée du monde magique qui m'a attirée. Je ne pense pas qu'on puisse refaire à la perfection son style, c'est plus subtil qu'on ne le croit.
    Et pour l'humour, tellement de blagues n'ont pas pu être traduites. J'ai commencé la version originale il y a quelques mois, et il manque beaucoup de ses jeux de mots (exemples entre tant d'autres : "Snape snapped.", "said Sirius seriously.", ect.). Je pense qu'il faut faire attention à ceci en tant qu'écrivain : si on pense publier son livre, et qu'il est possible qu'il soit traduit, ne pas faire trop de jeux de mots qui ne peuvent être traduits. En basant l'intrigue sur un jeu de mots, on balaie toute chance de traduction éventuelle.

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